samedi 15 septembre 2018

Syméon Claudex s'est plongé dans Idiotie, le dernier livre de Pierre Guyotat. C'est une orgie de virgules, de points et de points-virgules ; il y a des parenthèses et des tirets cadratins. Et, sautillant sur  la ponctuation, une langue dansante et sans cesse régénérée. Quelle inégalable perfection, pense Syméon Claudex qui, parcourant ensuite les premières pages de son roman minéral, relisant les phrases laborieuses qui pèsent sur le papier comme une enclume sur la peau du ventre, songe à se rendre au bord du fleuve pour y nouer une corde solide autour de son cou et d'un lourd rocher, et rejoindre la vase où son écriture est enlisée.

vendredi 14 septembre 2018

Chacun à son tour se lève et se nomme à voix haute, et tout le groupe dit bonjour pour lui souhaiter la bienvenue. Certains semblent près de l'effondrement. Ils tiennent à peine sur leur jambes flageolantes. Leur voix se brise au moment de saluer l'assemblée, se gorge de sanglots, et de leurs yeux embués suinte une terrifiante angoisse. Ils sont passés par des moments difficiles. Être ici n'est que le début d'un long chemin, ils le savent. Ils sont émus de la main tendue, de la chaleur humaine qui déjà les couvre d'un réconfortant duvet et les rehausse dans leur humanité dégradée. Ainsi donc, ils font partie de la grande communauté des Hommes. Leurs faiblesses, leurs erreurs, tous ces choix coupables qui les ont fait déchoir : tout est pardonné. Par la parole et l'écoute mutuelle, ils ont l'espoir de s'en sortir.

C'est bientôt le tour de Syméon Claudex de se présenter. Il a le trac. Il doute. Doit-il tout dire de sa souffrance ? Cela va-t-il l'aider ? Il n'a pas le temps d'y réfléchir davantage. Il se lève, parle, et les larmes d'une douleur contenue jaillissent soudain. Il se libère. Il met des mots sur ses problèmes et pleure et pleure et pleure encore. Tout le monde l'entoure et l'encourage.

Il a bien fait, se dit-il, de rejoindre ce groupe des Anxieux Typographiques Anonymes.

jeudi 13 septembre 2018

Syméon Claudex patine depuis deux jours sur cette histoire de parenthèses et de tirets cadratins. Bien sûr, il pourrait faire un choix rapide et écrire en usant, par exemple, de parenthèses. Évidemment il ne s'agirait pas de mettre aux phrases des parenthèses pour le plaisir d'en mettre. Non. Il utiliserait des parenthèses seulement si c'était nécessaire. Le fait qu'il n'ait pas encore eu besoin d'en mettre aux phrases ne signifie pas qu'il n'en faudra pas à l'avenir. Mieux vaudrait avoir fait un choix avant d'être face à l'alternative. Mais Syméon Claudex ne parvient pas à faire ce choix. Alors, se dit-il, je pourrais mettre des parenthèses et, quand le roman sera achevé, si j'ai changé d'avis, je n'aurai qu'à remplacer toutes les parenthèses par des tirets cadratins grâce à mon logiciel de traitement de texte.

Voilà à quoi Syméon pense pendant qu'il court. Il court pour se changer les idées, mais la course est inconfortable.

Et si, en changeant d'un clic les parenthèses pour des tirets cadratins, je supprimais des parenthèses qu'en réalité je souhaite conserver, se dit-il - après tout, on peut souhaiter user parfois de parenthèses, et parfois de tirets cadratins.

Je dois garder en tête l'objectif final, pense Syméon Claudex. Écrire un roman minéral. Lancer la révolution minérale de la Littérature et... mais cette course est vraiment douloureuse ! Quelque chose le gêne dans sa chaussure. Ce doit être un caillou.

mercredi 12 septembre 2018

Les parenthèses, c'est évident, répond VoltaireHugo1515 sur le forum Langue-francaise-trucs-et-astuces.fr. Les tirets cadratins sont une coupable complaisance envers une pratique anglicisante. À proscrire !!!

Tous ne sont pas de cet avis.

Une certaine JessiLit réplique qu'il faut arrêter de se faire chié avec des vieille règles ! On s'en fout t'as qu'à écrire ce que tu sens comme tu sens! (ici est inséré un petit visage qui fait un clin d'oeil). En tout cas des tiret quadratins je connaissais pas ! MDR !, ajoute-t-elle. VoltaireHugo1515 répond qu'au point où elle semble en être, JessiLit peut aussi bien inventer de toutes nouvelles règles. Intervient ensuite MaîtresseCappellotractée qui se fait un devoir de préciser que l'usage du tiret cadratin n'a rien d'anglo-saxon et est en français, au contraire, très ancien — à tel point qu'il est en déshérence. JessiLit tire la conclusion qu'elle avait vraiment raison alors de dire que les règles c'est fait pour ceux qui on pas l'imagination de la création. Et elle ajoute : Freestyle !

La Littérature est comme la gastronomie, pense Syméon Claudex, qui parfois somme le gourmet de choisir entre un pis de chèvre faisandée dans sa sauce au munster et un bouillon de betteraves sucrières, copeaux de chocolat blanc, vergeoise et chantilly double crème.

mardi 11 septembre 2018

Est-ce le vent qui vole aux pierres leur éternité (en les érodant lentement, lentement) ? Si c'est le cas, cela fait-il de lui un acteur — et donc un personnage — alors que l'on voulait, du roman, cette engeance absente (car de la révolution minérale, il faut garder le cap) ? Si le vent est personnage — ainsi déjà renoncer aux idéaux ! — a-t-il son libre arbitre ? D'ailleurs est-ce un personnage unique (le vent) ou bien des dizaines — alizé, mistral, autan, balaguère,... ?

Et surtout, nom de dieu, faut-il utiliser des parenthèses ou des tirets cadratins ?