Chinook et Vendavel arrivaient de l'Ouest. Déjà tourbillonnaient Khamsin et Zonda tandis que Chergui, Simoun et Loo brûlaient les flancs de la montagne. Tous attendaient Nordet et Noroît, venus du Nord et chargés de froide résolution. Libeccio fit parler sa fougue. Bientôt tous déferleraient. Ils hurlaient, impatients de s'abattre sur la plaine et de leur repaire montait leur cri terrible : Érosion ! Érosion ! Érosion !
Syméon Claudex tenait le début de son deuxième chapitre.
mercredi 5 septembre 2018
mardi 4 septembre 2018
Syméon Claudex a
beaucoup réfléchi. Certes, son roman doit être le manifeste d'une
révolution minérale de et dans la Littérature. Certes, c'est par
son aridité qu'il sera novateur. Mais la minéralité n'empêche en
rien la dialectique. Il faut, face aux pierres qui habitent sa
langue, un élément propre à chambouler leur permanence. Il faut du
mouvement. Syméon a l'idée de spectaculaires scènes de roulements,
glissements, chutes et entrechocs. Dans le grand théâtre de son œuvre, il faut aux roches un partenaire aussi puissant qu'elle sont
immobiles. Sa seule présence induira la tension dramatique. Fera
naître le suspens. Inquiétera les lecteurs. Il sera le monstre
invisible et sans scrupule. Il guettera, tapi dans l'ombre. À la nuit tombée, bondira. Offrira de trompeuses caresses. Ah ! Voici que
le roman gagne en intensité ! C'était donc cela ! Il
suffisait d'ajouter du vent !
lundi 3 septembre 2018
dimanche 2 septembre 2018
Syméon Claudex lit un livre sur la vie et la mort d'Atahuallpa. C'est tout de même vexant, se dit-il. Ce monsieur Gilbert Vaudey parvient à écrire deux cents pages sur un Inca mort depuis cent lustres et dont on ne sait scientifiquement presque rien, tandis que je peine à produire un premier chapitre sur des pierres dont on sait scientifiquement tout. Las ! La Littérature est ainsi cruelle à l'écrivain, et la roche familière cache plus de mystères indicibles que le plus inconnus des empereurs déchus du Tahuantinsuyu.
samedi 1 septembre 2018
Une fois encore Syméon Claudex relit son premier chapitre. C'est très mauvais, pense-t-il. Quelque chose d'essentiel s'est perdu. Sent-on la cohérence du granit ? La dureté du diamant ? Sent-on la craie friable et le topaze constant ? Saute-t-elle aux yeux, la noirceur du basalte ? Non. Des heures de travail n'ont produit qu'un ennuyeux tapis de gravier sans intérêt, tout juste bon à servir de parking aux voitures. La force de l'artiste est dans sa lucidité, pense-t-il. Et son talent, dans la clairvoyance de ses décisions. Il n'y a qu'une chose à faire, se raisonne Syméon, tandis qu'il ouvre un nouveau paquet de chips, une canette de bière et cherche la dernière saison de Game of Thrones sur un site de téléchargement illégal.
Inscription à :
Articles (Atom)